Portraits

Charlotte Perriand, portrait d’une femme libre et designer

Le Design moderne est né avec le début du XXe siècle et peut-être aussi grâce au travail de Charlotte Perriand. Figure iconique du design, liée aux mouvements d'avant-garde des années 30, elle a été l'une des instigatrices du design minimal et fonctionnel. Si elle fut proche du peintre Fernand Léger, du designer Jean Prouvé ou de l’architecte Le Corbusier, sa vie fut avant tout marquée par une curiosité sans limite qui l’emmena de Paris au Japon en passant par le Brésil. Retour sur le parcours hors norme d’une femme libre et avant-gardiste, designer et artiste majeure du 20e siècle.

Les débuts de Charlotte Perriand, à la conquête du monde du design

Née d’une mère couturière pour la haute-couture et d’un père tailleur, Charlotte Perriand est plongée dans l’artisanat depuis sa naissance. Son intérêt pour les Arts Décoratifs l’encourage très vite à intégrer l’UCAD, l’Union Centrale des Arts Décoratifs de Paris, d’où elle sortira diplômée en 1925 après 5 ans d’études.

Certains y verront le signe d’un talent précurseur, et c’est à l’âge de seulement 24 ans, dans une France d’entre-deux guerres que Charlotte Perriand connaît son premier succès. Elle installe Rue Saint Sulpice, un appartement atelier où elle crée son mobilier métallique fonctionnel, pour un usage aussi bien décontracté que moderne.

Elle intitulera cette première grande création le « Bar sous le toit » qu’elle expose au Salon d’Automne de Paris et qui lui vaut d’être remarquée par Le Corbusier. Séduits par ce mobilier métallique, inspiré des travaux de Marcel Breuer, entièrement en cuivre et en aluminium anodisé, Le Corbusier et son cousin Pierre Jeanneret entreprennent une collaboration avec la jeune femme qui durera une décennie, de 1927 à 1937.

A gauche Le Corbusier, au centre Pierre Jeanneret, à droite Charlotte Perriand

A gauche Le Corbusier, au centre Pierre Jeanneret, à droite Charlotte Perriand

Charlotte Perriand, une vie de rencontres et de collaborations

La complicité entre Le Corbusier, Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand s’installe tout de suite. Le Corbusier, à l’apogée de sa carrière, lui accorde très vite de grandes responsabilités et place Charlotte Perriand en charge de l’Équipement de l’Habitation faisant de la jeune femme son associé.

En expérimentant des matériaux modernes et industriels, de nouveaux bois contreplaqués, les tubes d’acier ou les toiles tendues, ils conçoivent un mobilier particulièrement novateur.

Charlotte Perriand expose ainsi ses créations telles que la Table extensible Ospite en acier chromé au Salon des artistes décorateurs en 1928.

De son travail sur la structure et la rationalisation de l’espace, naîtra la série LC. Chef d’œuvre de cette collaboration, fauteuils, canapés ou poufs, intègrent parfaitement la structure tubulaire en acier pour un confort optimal. En découlera un vrai succès commercial.

En 1929, elle concrétise cette pensée moderne, rationnelle et avant-gardiste en co-fondant avec d’autres artistes l’Union des Artistes Modernes (UAM) dont la présidence est confiée au célèbre architecte Robert Mallet-Stevens. Elle collaborera ainsi avec des artistes-designer comme Eileen Gray, Serge Mouille ou Jean Prouvé avec qui elle assurera notamment la direction artistique de la Galerie Steph Simon.

Fauteuil LC4 en vachette mouchetée

Fauteuil LC4 en vachette mouchetée

Une vie de voyage et d’inspirations

La vie de Charlotte Perriand est également une vie de liberté où l’inspiration se nourrit des voyages. C’est ainsi que dès 1940 et sous l’invitation de Junzō Sakakura, designer japonais qui travaillait avec Le Corbusier, Charlotte Perriand se rend au Japon peu de temps avant que la Seconde Guerre Mondiale n’éclate.

© Cassina
© Olivier Dwek

Elle devient la Conseillère à l’Art Industriel au Ministère du Commerce et de l’Industrie et insuffle sa vision de la modernité à l’artisanat japonais. Dans un pays où les femmes n’ont pas la même place que les hommes, Charlotte Perriand y laisse une trace presque éternelle. Cette expérience sera pour elle déterminante tant elle est marquée par l’art japonais qui l’inspirera pour le reste de sa carrière.

Lors de son deuxième séjour en 1953, elle organise une exposition avec Fernand Léger et Le Corbusier, intitulée « Synthèse des Arts ». Au côté des tapisseries de Le Corbusier, des céramiques de Léger, elle expose en 1954 sa chaise « Ombre » en contre-plaqué cintré et toujours édité chez Cassina, véritable fusion entre minimalisme et tradition.

Ses créations influenceront dés lors de nombreux designers japonais inspirant notamment Sōri Yanagi et son célèbre tabouret Butterfly.

En 1962, lorsque son mari est muté au Brésil, elle crée un mobilier spécifique en harmonie avec les lieux et la culture brésilienne. Elle découvre alors le « palissandre de Rio » aussi appelé localement le jacaranda. Utilisé en Europe uniquement en placage notamment pour des raisons économiques, Charlotte Perriand va elle l’utiliser de façon massive.

La bibliothèque de la Maison du Mexique prend ainsi une structure en palissandre et n’est plus rythmé par les couleurs mais par un travail de tressage et de cannage traditionnel.

Toujours à la recherche d’une esthétique moderne et intemporelle, cette inspiration au savoir-faire maitrisé et venu d’ailleurs guidera ainsi toutes ses créations de la Maison du Mexique à la Cité Internationale Universitaire de Paris en passant par la Maison de Thé de l’UNESCO ou la station de sport d’hivers des Arcs.

Charlotte Perriand, une femme designer hors norme

Disparue en 1999, à l’âge de 96 ans, Charlotte Perriand laisse une trace unique dans l’histoire de l’architecture et du design intérieur. Celle qui fut la seule femme des Ateliers de Le Corbusier, et dont il attendait qu’elle « fasse vivre le mobilier », a su traverser le siècle en l’accompagnant de son génie créatif.

Sous l’impulsion de sa fille, Pernette Perriand et de son gendre, ses créations sont désormais rééditées chez Cassina pour notre plus grand bonheur et également exposées comme par exemple au Centre Pompidou.

Les 3 pièces emblématiques de Charlotte Perriand

  • La chaise longue LC4

    La chaise longue LC4 a été dessinée en 1928 par le trio de designers Perriand - Le Corbusier - Jeanneret. La structure en acier de cette chaise forme une balancelle de cuir et d’acier qui épouse parfaitement la courbe du corps humain. Elle offre un confort si optimal que ses créateurs l’ont qualifiée de “Machine à repos”.

    Charlotte Perriand a notamment repensé la chaise longue LC4 lorsqu’elle habitait au Japon. Elle s’est inspirée des matériaux utilisés dans l’archipel et a utilisé du bambou pour rééditer cette pièce emblématique.

    Chaise longue LC4 neuve, éditée par Cassina : à partir de 5 000€

    Chaise longue LC4 vintage : Selon l’état, à partir de 3 500€
  • La Chaise 517 Ombra Tokyo

    Cette chaise présentée en 1954 pour l’exposition Synthèse des Arts, en bois contre-plaqué cintré est l’une des plus belles créations de Charlotte Perriand. Parfaite synthèse entre modernité et savoir-faire traditionnel Japonais, elle est désormais rééditée par l’éditeur Italien Cassina.

    Chaise 517 Ombra neuve : 1160 €

    Chaise « Ombre » vintage, édition Takashimaya : à partir de 5 000€
  • La bibliothèque “Maison du Mexique”

    La bibliothèque “Maison du Mexique” a été créée en 1952 dans le but de séparer la salle d’eau et l’espace de vie des étudiants dans la cité universitaire de la maison du Mexique à Paris. Avec ses couleurs bleus, jaunes et rouges, ce meuble a une esthétique aérée et unique.

    Produite à 77 exemplaires dans les ateliers Jean Prouvé, cette bibliothèque est composée de bois de sapin et de casiers en tôle d’aluminium.

    L’éditeur Cassina propose une variante : le casier nuage 526, qui reprend les codes de cette bibliothèque emblématique.

    Bibliothèque Maison du Mexique, éditée par les Ateliers Jean Prouvé : Estimé à plus de 80 000€

    Casier Nuage 526 : A partir de 21 000€

Publié le 19 juillet 2019 par Valéry

Partager